On a enfin compris comment fonctionne le temps ici, c’est bien simple: il fait très beau le matin, le ciel commence à se voiler sur les coups de midi-13h et il pleut à partir de 16 -18 h.

Ce matin, donc, on se lève tôt (9 heures). Le temps de se préparer et on passe chercher Maleine et Thibault à leur auberge. Direction le premier village indien: San Juan de Chamula. La fête de la ville dure trois jours pleins, on arrive donc en plein milieu, idéal pour prendre la température. Durant le trajet, on se documente sur le guide du Routard pour voir ce qu’il nous attend. De ce qu’on comprend rapidement c’est qu’à San Juan les Indiens pratiquent leur propre religion, mais en se servant des instruments du culte catholique. L’église et surtout les rites à l’intérieur seront le principal objet de la visite.

Un paragraphe dans le Routard nous interpelle « Le chamanisme est ici plus fort qu’ailleurs (…) Le fidèle psalmodie, bénit son repas et communique avec le dieu en lui offrant et consommant, lui-même du posh, une eau-de-vie à base de canne à sucre, un vrai tord-boyau (…) Les désenvoûtements se font à l’aide d’une poule que l’on fait tourner autour du patient pénitent ».

Voilà! Enfin un truc fun dans une église : des Indiens qui picolent pour parler avec leur dieu en sacrifiant des poulets. Ça risque d’être haut en couleur. Malheureusement INTERDICTION de prendre des photos des cérémonies à l’intérieur de l’église…

On se gare à l’extérieur du centre et effectue les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’église en flânant au milieu du marché. Directement, on est mis dans l’ambiance. Au loin, on entend les feux d’artifice exploser sur la place de l’église. On sent qu’une grosse animation anime la ville… On arpente les rues à travers les différentes étales. Les Chamulas sont habillés de la tenue traditionnelle faite d’une tunique de laine noire ou blanche. On sent que l’on est arrivé dans une ville à part et complètement atypique.

Sur la place, devant l’église, les enfants sont déguisés en monstres et d’autres ont une espèce de petite structure sur les épaules représentant des animaux et possédant une panoplie de pétards prêts à exploser… Tout le monde se court après et de temps en temps, les personnes, sous les structures animales, déclenchent leur arsenal. Il ne faut pas imaginer des petits pétards tout mignons, c’est plus le genre de pétard que l’on présente au JT de TF1, car un gamin a eu la main arrachée. Mais ici, c’est cool, c’est la fête, et puis bon les Dieux nous protègent après tout…

On observe le spectacle et on décide de sortir les appareils photo histoire d’immortaliser la scène. Normalement, les photos sont interdites DANS l’église. Bon, trois minutes plus tard, une bande de Chamula en charge de « la sécurité » de la fête nous tombent dessus. Ils nous font effacer les photos (on arrive à gruger un peu, puis de toute façon sur la GoPro on ne peut pas vérifier :-P).

Bon allez, direction l’intérieur de l’église pour voir les poulets en train de valdinguer…

On entre sur la place et devant l’entrée de l’église, quelques Chamulas sont en communions totales avec les Dieux, enfin surtout le posh ^^.

Dans l’église, autre ambiance, finit les pétards et gamins qui courent partout, place au silence et aux rites chamaniques. Pas de bancs, des aiguilles de pin recouvrent le sol, c’est marrant, ça sent le sapin de Noël ! Il faut savoir que le dernier prêtre catholique a quitté le village en 1867 et que l’évêque n’a le droit d’entrer dans l’église qu’une fois par an pour les baptêmes! Les cloches ont été descendues de la tour et sont à présent au sol. L’église a été entièrement vidée de ses bancs et ses chaises, et toutes les statues des saints sont alignées le long des murs.

Le Christ a été remplacé par San Juan portant dans ses bras un mouton (l’animal sacré des Tzotziles). Mais le plus troublant de ce culte est qu’ils associent les saints, les statues et les symboles catholiques au culte des esprits et des mythes mayas. Le symbole de la croix est associé à l’arbre de vie chez les Mayas, par exemple.

On se déplace dans l’église en observant les Tzotziles effectuant leurs rites. Agenouillé au sol (en famille, j’ai l’impression), il écarte les épines de pins et place tout un tas de petits cierges allumés face à eux. Il fait plus chaud qu’à l’extérieur à cause de la chaleur dégagée par les bougies et un léger voile de fumée renforce cette atmosphère particulière? Bizarre? Décalée? Hors-norme? Bref, on est dans un autre monde. Hé, mais attend! Où sont les poulets que l’on sacrifie??? Ça ne sera pas pour aujourd’hui en tout cas, dommage. Pour le côté fun, on se contentera des Indiens qui arrosent les bougies avec du Coca pendant leurs prières.

Apparemment, chez les Indiens, boire du Coca et roter permet d’extérioriser ses pêchés et donc de se confesser. J’imagine très bien la propagande Coca-Cola qui pourrait être faite pour continuer à « moderniser » les Indiens…

Au-delà, de la simple visite et de la première approche de ces croyances, San Juan de Chamula montre les conséquences de la conquête des Espagnols sur les indiens, et plus récemment leur modernisation à travers la mondialisation. On comprend mieux les différents problèmes qu’il y a dans le Chiapas. La population est délaissée par le gouvernement et la culture indienne n’est toujours pas reconnue à sa juste valeur par le gouvernement. Le Chiapas fait l’objet de plan d’économie afin de le développer. Enfin, surtout extraire les ressources comme l’uranium ou le pétrole par de grandes multinationales en expropriant les Indiens qui seront obligés de travailler dans ces usines pour une poignée de pesos…

À notre échelle, il est difficile, en tant que simple touriste, et surtout en si peu de temps, de se rendre compte de la situation. On peut lire les panneaux du gouvernement, qui à l’entrée d’un site touristique, s’excuse du fait qu’on ait à payer un supplément (non officiel) envers les communautés du Chiapas. Il ferait mieux d’envisager une nouvelle approche de la situation de la région afin de réduire la pauvreté et veiller à la scolarisation des enfants, par exemple.

San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête
San Juan de Chamula en fête

San Juan de Chamula en fête

Après ce paragraphe de contestation, direction, le village voisin de Zinacantan. 6 kilomètres séparent les deux villages, mais on arrive dans une autre ambiance. Ici, la population est catholique.

Deux jeunes filles nous interpellent à la sortie de la voiture pour nous faire visiter la ville et nous montrer leur artisanat local. La visite de la ville est très vite faite, on visite l’église principale et une chapelle à côté.

Comme prévu, puisqu’on a accepté la compagnie de ces deux jeunes filles (14 et 18 ans), on se dirige alors chez elles pour qu’elles nous montrent comment elles fabriquent les vêtements. La plus âgée nous montre leur technique sur le métier à tisser. Une technique longue et demandant de la dextérité.

On est vraiment bien reçu, toute la famille est là: une tripotée de marmots, les 4 soeurs et la maman. On en profite pour en savoir un peu plus sur leur mode de vie, l’ainée nous explique que les femmes fabriquent les vêtements et gardent les enfants et que les hommes travaillent au champ. Il est vrai que sur les hauteurs du village, on voit des zones agricoles partout !

On fait un peu comme chez nous, on s’installe même avec les enfants qui sont en train de regarder la télé. Les femmes nous apportent sur un plateau un petit verre de posh, ils savent bien recevoir, surtout le touriste ! Bon après toute cette gentillesse, on se voit mal repartir sans rien acheter (et en même temps on sentait bien venir le truc^^). Les copains font leurs emplettes, nous de notre côté, on est un peu déçu, les sacs sont full on va se renseigner pour peut-être envoyer des colis de souvenir en France.

Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan
Zinacantan

Zinacantan

Le soir, on se retrouve une dernière fois à l’auberge de Maleine et Thibault pour un échange de photos avant de reprendre nos chemins respectifs. Petit Guacamole maison, quelques chips et 3 Indio (bière locale), on se sent bien dans cette auberge cosy. Un peu frisquet, la cheminée nous fait de l’oeil, d’ailleurs, le gérant de l’hôtel ne tardera pas à venir y faire un petit feu. Hé oui qui aurait cru qu’au Mexique on aurait besoin de se réchauffer auprès d’une cheminée !

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