Mercredi 2 décembre, nous prenons un bus en début de matinée pour rejoindre la ville de potosi. Après 4h de route, on arrive enfin et on trouve un hôtel à proximité de la place principale pour 80 bolivianos (11 euros) petit déjeuné inclu.

C'est l'heure de manger, on ne sait pas trop à quoi s'attendre, nouveau pays, nouvelle gastronomie! D'autant plus que la Bolivie n'est pas réputée pour ses règles d'hygiène et on est un peu craintif pour nos estomacs d'hommes blancs! On trouve un tout petit resto qui propose des plats typiques pour 20 bolivianos (2,7€), allons voir ce que ça donne! De toute façon, on ne trouve aucun supermarché dans les villes donc on n'a pas trop le choix.

Ça passe plutôt bien, au menu: une viande avec des frites pas cuites et une espèce de riz collant très cuit. Ce n’est pas mauvais puis ça colle bien au corps!

Cela ne fait pas longtemps que l'on est en Bolivie, mais déjà on a pu se rendre compte qu'il y a énormément de Français qui y voyagent. Ça ne loupe pas, à l'hôtel ça parle français dans tous les coins.

La première après midi sera consacrée à visiter la ville. L'époque coloniale y a laissé son empreinte et même si le patrimoine est aujourd'hui totalement laissé à l'abandon, on peut encore observer de jolies façades. La ville compte un nombre indéterminable d'églises, de chapelles et de couvents, mais pour la plupart fermées aujourd'hui, car il n'y a pas les fonds pour la restauration, et d'autres parts pour éviter les pillages, tout le patrimoine a été déplacé dans des musées pour y être conservés.

Bon, on se contentera donc des façades!

On voit clairement qu'on a passé une frontière et on est bien loin du mode de vie chilien. Les mamas boliviennes y portent toutes un chapeau rond, de nombreux jupons et surtout le tissu coloré accroché autour du buste qui sert pour les jeunes à porter leur bébé et pour les autres on ne sait pas trop quoi...

Dans les bus, ça tricote, ça brode.

La ville est agréable, ils sont en train d'installer les décorations de Noël! Par contre, ici les gens parlent espagnol, mais entre eux la langue principale est le quechua et bien sûr on n'y comprend rien!

Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines

On connaît un petit peu l'histoire de la ville grâce à nos guides. Potosí a été la ville la plus riche au monde et la plus peuplée au 16e siècle grâce à l'exploitation de la mine d'argent au pied de laquelle a été construite la ville (cerro rico).

À cette époque, la monnaie de toute l'Europe et des Amériques y était frappée et on doit en grande partie le développement de l'Europe à l'extraction de cet argent. Mais pour en savoir plus, on décide d'aller visiter le musée de la monnaie: la casa de la moneda. La visite dure deux heures et avec un guide en français.

On apprendra énormément de choses sur le rôle qu'a pu jouer cette ville à cette époque, sur la colonisation de la Bolivie par les Espagnols et comment ils ont forcé les Indiens à travailler dans la mine dans des conditions déplorables (oui, c'est sur qu'il n'y a plus trop d'illusions sur la façon dont l'Europe a su créer sa richesse à cette époque) et, enfin le gouvernement actuel d'Evo Morales qui semblerait-il n'a pas pour ambition première d'améliorer les conditions de vie des Indiens. Bref, nous qui ne sommons pas trop musées, on trouvera cette visite vraiment très intéressante et on aura appris beaucoup!

Aujourd'hui, Potosí est la ville la plus pauvre de Bolivie, tout comme l'Espagne était une grande puissance il y a bien des années, la roue tourne et l'histoire est un éternel recommencement !

Là, on croise un couple de Français: Mathieu et Aurélie rencontrés furtivement à notre arrivée, sur le point de partir manger. Puisque c'est notre cas aussi, allons-y ensemble! Et voilà encore une rencontre de plus! Après les paysages, la facilité à faire de superbes rencontres et de passer d'excellents moments avec gens inconnus est la chose la plus appréciable en voyage!

Potosi et la visite des mines

Jeudi matin, après avoir pesé le pour et le contre, on se décide finalement à aller visiter la mine d'argent. Cette visite pose un gros problème de conscience, car les conditions de travail des mineurs sont déplorables et n'ont pas évolué depuis le début du 20e siècle. Chaque jour les mineurs risquent leur vie et sont condamnés à avoir un cancer des poumons, ou tout autre gros problème de santé à issues fatale pour un salaire dérisoire. D'autant plus que le gouvernement a légalement autorisé le travail des enfants dès l'âge de 10 ans...

Mais les agences sont tenues par des compagnies minières qui reversent une certaine partie de ce que l'on paye aux mineurs. Bon, on vous avouera, on ne sait pas exactement quel pourcentage... Mais dans tous les cas, la visite de la mine offre malgré tout quelques faibles nouvelles opportunités d'emploi: notre guide est un ancien mineur qui a travaillé deux années entières dans la mine.

Ce dernier nous indique que notre visite n'importune pas les mineurs, car cela permet de pointer les conditions dans lesquels ils travaillent et d'en parler. Bon, je ne suis pas certaine que ça change beaucoup les choses dans l'immédiat...

La visite commence par l'habillage. On nous fournit un pantalon, une veste, des botes, un casque et une frontale. Nous voilà prêts pour entrer dans les entrailles de la mine. On prend ça à la rigolade, on ne sait pas encore ce qui nous y attend.

Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines

Ensuite, notre guide nous amène au marché des mineurs. Là on nous explique que c'est important d'acheter des "cadeaux" aux mineurs. On le fait bien évidemment avec grands plaisirs, mais après une rapide explication sur ce qui est vendu ici on comprend vite que ce sont en fait des cadeaux empoisonnés, mais que rien d'autre ne les intéresse plus.

En guise de cadeau: des cigarettes artisanales, des feuilles de coca qu'ils mâchent toute la journée (en plus de leur permettre de se sentir mieux grâce aux effets de la coca, ça coupe l'appétit et comme ça ils n'ont pas besoin de manger) et surtout la bouteille d'alcool à 96 °... Oui, c'est bien ça, il n'y a pas d'erreur de frappe. Les mineurs se donnent du courage grâce à cet a breuvage. Finalement, déjà on commence à se sentir mal. J'aurai préféré leur acheter des barres chocolatées et du matériel de sécurité comme un masque avec des filtres neufs par exemple... Mais ces articles ne sont pas proposés...

Bon, on ne va pas refaire le monde et on achète ce qui est proposé. En plus de ça, on achète des bouteilles de soda et des bâtons de dynamite. En réalité, aujourd'hui les mineurs sont payés 100 à 150 bolivianos par jour (soit 15 à 20 euros) suivant leur rentabilité, mais c'est à eux d'acheter tout le nécessaire pour l'exploitation dont leur équipement de sécurité, la dynamite et autre. Faites le calcul, il ne leur reste pas grand-chose à la fin du mois.

Nous voilà fin prêts. Le guide nous amène sur un point de vue duquel on peut observer toute la ville de Potosí, perchée à 4000 m d'altitude (ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde).

On allume notre frontale, le guide sonde rapidement notre condition : claustrophobie, mal de l'altitude ... Tout semble aller bien alors on débute la visite.

Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines

On rentre dans la montagne par un simple tunnel forgé à la main à coup de burin et de marteau. On se retrouve très vite dans le noir et il y fait frais.

Au loin, on entend un bruit sourd métallique, ce sont des mineurs, deux frères (Guscano et Muerto) qui poussent à la main un chariot d'1 tonne de minerai vers l'extérieur. Ceux-ci sont contents de nous voir, on leur donne un rafraîchissement et quelques feuilles de coca. Eux profitent de notre présence pour faire une pose et nous, pour leur poser quelques questions.

On suit le guide dans ce gruyère souterrain, on y croise d'autres mineurs, à bout de souffle, recouverts de poussières et épuisés... Ils viennent de dynamiter à 80 m de profondeur et remontent à la surface pour respirer en attendant que la poussière retombe...

Seule amélioration depuis le début du siècle: des canalisations d'air comprimé parcourent toutes les galeries, mais au détour d'une conversation entre le guide et les mineurs, on comprend que les pannes sont courantes...

Le guide nous avait prévenu qu'il était normal d'entendre des explosions dans la mine, mais on avoue qu'une fois à l'intérieur le bruit est effrayant, surtout, connaissant les mesures de sécurité (il n'y en a aucune). Je demande alors au guide comment ils font pour savoir s'il n'y a pas un risque d'effondrement de la galerie, celui-ci me répond que l'explosion impacte seulement un petit m2 de gisement. OK comme ça on est fixé, ils ne pensent absolument pas au risque d'effondrement !! Ici, pas d'étude de stabilité du machin.

En fait, on comprendra plus tard que selon eux les choses arrivent selon le bon vouloir "d'El Tio"

El tio n'est rien de plus qu'une sorte de marionnette de carnaval construite par les espagnols et installée dans la mine pour faire peur aux Indiens. Chaque vendredi, les mineurs viennent le remercier si la semaine s'est passée sans accident et si le rendement n'a pas était terrible, ils font une demande pour que ce soit mieux la semaine d'après.

Lorsqu'un décès survient dans la mine, selon eux, c'est que c'était le bon vouloir d'el tio...

Nous, on a un peu de mal avec ces croyances. Les mineurs ont conscience du danger, mais si El tio est avec eux alors ils ne risquent rien...

La cérémonie est assez particulière: le mineur allume une cigarette et la glisse dans la bouche de la marionnette. Si la cigarette fume, c'est que la présence du mineur est bienvenue. Ensuite, le mineur remplit un bouchon d'alcool à 96°, et en verse un peu sur El tio en récitant une prière avant de boire le reste. Enfin le mineur jette quelques feuilles de coca sur la marionnette.

En réalité, ils boivent de l'alcool toute la journée, mais avant chaque gorgée, le mineur en verse un peu sur le sol, c'est le don pour la Pachamama, la terre mère.

Les conditions d'exploitation sont plus que rustiques. Des galeries descendent en profondeur dans la montagne et on y accède par une succession d'échelles en bois, toujours éclairé par notre petite frontale. Depuis l'extérieur, des sacs y sont descendus grâce à un treuil. Le mineur demande à ce qu'il soit remonté en agitant sa lampe de poche. Les mineurs nous content les accidents mortels sur leurs lieux de travail, nous on ne sait comment réagir. Sur les parois des galeries, des cristaux de silices se forment, alors qu'aucun mineur n'a de protection respiratoire réellement efficace.

Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
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Un peu plus loin, c'est sur le dos que les mineurs remontent des sacs de 50 kilos de minerai.

On arrive en bout de galerie, des mineurs s'apprêtent à forer, mais avant ça, ils nous laissent observer la machine. Sur le mur, un burin et un marteau, un peu plus loin, une sorte de vieux marteau piqueur alimenté a l'air comprimé, tellement lourd que deux mineurs doivent maintenir l'engin. Difficile de se mouvoir ici, on imagine très bien la poussière dégagée et la difficulté à respirer sans extraction d'air.

Alors qu'il fait plutôt frais en surface, en profondeur la chaleur monte rapidement et peut atteindre les 45 °C.

Après deux heures et demie de visite dans les entrailles de la montagne, on n'est pas mécontent de ressortir. On vient de voir là, le second travail le plus difficile au monde (selon notre guide, le premier titre est accordé aux pêcheurs en Alaska).

On essaie de s'imaginer à quoi peut ressembler la vie des mineurs après la mine. Le guide nous raconte que le samedi, tous les mineurs passent leur journée à boire pour oublier les enfers de la mine. Ils boivent leur alcool à 96°, parfois coupé avec de l'eau. Et s'ils ne sont pas trop mal le dimanche, alors ce jour est réservé pour la femme et les enfants.

L'exploitation se fait en famille ou en ami. Celui qui a le plus d'expérience devient le chef du groupe et prend soin des plus jeunes. N'importe qui peut aller travailler. Chaque mineur gère ses horaires et peut travailler 24h sur 24 s'il le souhaite. Son revenu dépendra de la quantité de minerai qu'il remontera à la surface. S'il trouve un filon, alors il aura le droit à un bonus.

Il n'y a aucune autre organisation et nul ne sait exactement combien de mineurs sont présents chaque jour dans cette montagne. Le guide nous indique 15000 personnes, lors de notre visite à la maison de la moneda, notre guide nous avait indiqué 3000 mineurs...

Au total. On compterait environ 460 entrées dans la mine, mais il n'existe pas de carte exacte des galeries.

Après une telle visite, difficile de se sentir bien, voire même de ne pas culpabiliser en pensant à nos conditions de vie et de travail.

Potosi et la visite des mines
Potosi et la visite des mines
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L'après-midi, on décide d'aller voir la cathédrale. Celle-ci a été restaurée par des Japonais, la guide n'a pas su nous dire pourquoi. L'intérieur est riche en couleur, ça change de toutes les églises qu'on a pu voir jusqu'à aujourd'hui! L'intérêt de la visite est qu'on peut monter sur le clocher et voir une vue à 365° sur la ville de Potosí.

Potosi et la visite des mines
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